Suite aux révélations de l'émission "Les Infiltrés" (lien ici) sur France 2 mardi, voici ma réaction en direction du Préfet de la Gironde:

à Monsieur le Préfet de la Gironde,

copie à monsieur le Maire de Bordeaux,

Comme beaucoup, j’ai été atterré par les propos tenus dans le reportage des Infiltrés, « à l’extrême droite du père ».
Le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, le révisionnisme historique, le fascisme et l’anticommunisme, suppurent de la bouche de membres de Dies irae, de l’Institut du Bon pasteur, comme de l’école St Projet. Outre l’idéologie visant à combattre « la démocratie moderne », l’entraînement paramilitaire de jeunes militants et l’endoctrinement de jeunes enfants à l’école sont des éléments suffisamment graves pour que les responsabilités soient recherchées et les auteurs poursuivis.

Ce phénomène, certes groupusculaire et sectaire n’est pas moins favorisé de façon directe ou indirecte par tout un contexte qui appelle selon moi que les uns et les autres s’interrogent sur leurs choix.

D’abord l’Eglise, qui conventionne l’Institut du Bon Pasteur : « L’Archevêque, affectataire de l’église St Eloi, commet au curé de la paroisse personnelle confiée à l’Institut du Bon Pasteur les droits et les devoirs de l’affectataire. » (extrait de la convention signée par Mgr Ricard et l’abbé Laguérie)

Ensuite, la municipalité qui a un devoir de discernement sur l’usage des locaux qu’elle met à disposition.

Et bien sûr l’Etat, responsable du respect des lois de la République.

Enfin, comment isoler ce phénomène du climat nauséeux entretenu ces derniers mois par les déclarations et décisions du gouvernement français ? Faux débat sur l’identité nationale, chasse aux sans-papiers, déclarations populistes sur les banlieues, réponses déplacées face à la violence scolaire, loi sur le voile intégral… bref, une conception de la vie en société basée sur la stigmatisation, l’amalgame, la récupération politicienne de faits divers… à l’opposé de la nécessaire réflexion sur les moyens à déployer pour garantir le « mieux-vivre ensemble » (emploi et logement pour tous, service public, laïcité, école publique, protection sociale…)

Et puis, quand on voit les dérapages idéologiques de cette petite école privée bordelaise, certes « hors contrat » avec l’Etat, on doit s’interroger sur tout ce qui peut tendre à privilégier un type d’établissement, où se mêlent religion et fonds privés, basé sur la sélection et la concurrence… et se mobiliser pour défendre, valoriser et promouvoir l’école publique, l'école de tous, première école de la République, garante d’égalité des jeunes sur son territoire, aujourd’hui pourtant fort malmenée par le gouvernement (suppressions de postes, casse des IUFM, des RASED, menaces sur la maternelle... ).

Aussi, je vous demande, monsieur le Préfet, quelles poursuites vous comptez mener à l’encontre des personnes, groupes et institutions incriminées par le reportage de France 2, quelles dispositions vous comptez prendre pour garantir le respect des valeurs de la République, la laïcité, la protection de l’enfance, la promotion de l’école publique.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Préfet, mes salutations distinguées.

V.Maurin