La presse révèle l’intention de l’adjointe au Maire de Bordeaux, en charge du 1er canton, de changer le nom de Bordeaux-nord couramment usité pour situer les quartiers qui balaient les espaces urbains du Gd Parc à Bacalan en passant par Dupaty ou Les Aubiers.

Premier acte politique d’une adjointe qui est investie d’une charge se réclamant de la modernité dans l’exercice de la démocratie locale (le quartier) … dans une terre de « mission » (Bordeaux-nord) … avec un pécule en partie chipé au Conseiller général du cru (le fonds d’intervention local)!

Quel courage !

On aurait pu penser que la candidate cantonale de la grande UMP, même après sa défaite cuisante et peut-être une certaine honte à n’avoir pas pu distancer le candidat communiste à Bacalan, tenterait de passer d’une réthorique de campagne « populiste » à une entrée en scène plus « populaire » ! Avec par exemple, une prise de position, même timide, pour signifier son opposition à la privatisation des outils portuaires… Une interpellation du Maire, même à demi-mot, pour réviser les objectifs « bobos » du projet Grumbach des Bassins à flot… Une déclaration, même policée, à l'intention de M.Darcos ou Mme Bourragué, s'émouvant de la colère des enseignants de Bordeaux-nord fortement mobilisés le 15 mai dernier pour le maintien des postes… Un soutien, même susurré, à la démarche des sportifs pour obtenir un gymnase à Bacalan… Une expression, au pire compatissante, en direction des salariés de Bx-nord, dans la rue le 22 mai pour l’avenir de leur droit à la retraite… Son ami Cardoze, j’en suis sûr, aurait su l’aider à trouver le verbe qui fait « peuple » en dénichant, entre raffinerie et huilerie, le souvenir d’une arrière-cousine soudeuse aux ateliers du PAB !

Mais non !

Mme l’adjointe lance une consultation… pour débaptiser Bordeaux-nord !

Comme je suppose que le terme « Bordeaux » ne lui pose pas problème (encore que…), c’est « nord » qui doit la déranger. Pourquoi ?

Trop géographique comme terme ? C’est pourtant d’une limpidité incontestable quand on consulte un plan ! Trop stigmatisé socialement ? Oui et alors ? La faute à qui si le centre-ville de Bordeaux a entassé ses pauvres au nord, au sud et rive droite ? Et si cette partie de Bordeaux a construit son identité entre usines, port et logements sociaux, elle en tire aujourd’hui une certaine fierté pour en avoir gardé, malgré la crise, un fort tissu associatif, des traditions de luttes et de solidarité… qui ça gêne ?

D’ailleurs combien de villes se sont construites avec les mêmes choix urbains et sociaux ? Les quartiers appelés « nord » sont foisons : Toulouse, Carmaux, Avignon, Roubaix, Clermont fd, Amiens, Rennes, Nantes, Perpignan, Bondy, Melun, Blois …et même Libourne, qui a même son conseil de quartier baptisé « Nord »… sans compter Marseille qui en récupère un certain « cachet » identitaire. Tous ces quartiers ont en commun le besoin de plus de mixité, d’emplois, de services publics, de transports… Raser les tours ne fait que déplacer les problèmes, changer les noms permet de faire illusion et de différer les solutions...! Certains habitants aimeraient pourtant avoir le choix d’accéder à un logement de centre-ville, encore aujourd’hui réservé aux riches. A Bordeaux-nord, la spéculation immobilière rend désormais impossible l’accession à la propriété aux salariés moyens… La ville vend même son parc de logement social…

Après leurs usines, les ouvriers perdent leurs maisons… demain, si on laisse faire, ils perdront même le nom de leurs quartiers…!

Mme l’adjointe, ne perdez pas le nord... voici ma proposition:

« QUARTIERS NORD »

"Le mal se fait sans effort, naturellement, par fatalité. Le bien est toujours le produit d'un art."
Charles Baudelaire