écluses de Bacalan

Notre groupe, ici comme à la CUB, s’est mobilisé depuis 2003, année de révélation du projet Grumbach, pour que le site des bassins à flot ne soit envisagé :

- Ni comme un no man’s land à intégrer dans un paysage urbain en devenir.

- Ni comme une simple opportunité foncière qui prolongerait la visée touristique, commerciale voire muséale des quais version Corajoud.

- Ni comme un lieu expérimental où il s’agirait de faire croire à une renaissance d’un génie du lieu en y éclairant deux grues perdues parmi les bureaux.

- Ni comme une simple charnière entre quartiers populaires où la mixité fonctionnelle et sociale ne serait qu’un argument de façade pour boboïser un territoire.

Rappelez vous, en avril 2004, notre groupe consacrait sa tribune libre de Bordeaux magazine avec ce titre : « Avenir des bassins à flot, ne pas sacrifier leur vocation économique ». Nous y dénoncions notamment l’absence d’ambition concernant les activités liées à la navigation fluviale. Nous posions les questions du développement des savoirs-faire existant… ceux du PAB, de l’ARNI, d’Air Océan Formation. Nous interrogions sur l’opportunité d’utiliser ce site unique en France pour la filière nautique électrique, en lien avec l’usine SAFT, toute proche. Nous militions pour la réutilisation des formes de radoub et la maintenance navale des barges de transport fluvial… celles de l’A380, comme peut-être demain celles transportant déchets ou mâchefers par la Garonne…

Bref, des questionnements, qui loin de pouvoir être caricaturés en une anachronique réintroduction de l’industrie lourde à deux pas des Quinconces, ont eu le mérite de nourrir le débat et d’ailleurs d’être en partie retenus dans la restitution de la concertation à Cap sciences en décembre 2008.

Grande écluse, réparation navale, port de plaisance, formes de radoub semblent bien inscrits aujourd’hui dans le paysage Michelin, tout du moins sur le papier, car la présentation orale de ce jour tend à minimiser la vocation portuaire du site.

Ce projet soulève trois inquiétudes majeures :
JulesLefranc_Penhoet.jpg

D'abord économique:

- La forte réduction de la superficie de la plaque portuaire obère les perspectives de développement d’activités nouvelles.

- L’usine Lesieur est présentée comme en sursis.

- Le tertiaire, le commercial et le tourisme sont prédominants.

Je rappelle notre préférence à préserver sur ce site le maximum d’atouts, y compris dans le cadre de son image UNESCO, renvoyant à une prospective claire et sans ambiguité en direction d’activités liées au port et à la navigation.
Je ne comprends pas l’obstination des décideurs locaux à refuser d’explorer les possibilités de développement de la filière du bateau électrique sur ce site, en complémentarité avec les sites du Bassin d’arcachon, en lien avec les travaux du laboratoire du professeur Aucouturier et sa fameuse pinasse électrique. De même pour les navettes fluviales, le potentiel existe pour que les bassins deviennent un site de maintenance pour ces bateaux incarnant de nouveaux modes de déplacements complémentaires des transports en commun existants.


Deuxième inquiétude soulevée par votre projet : le logement.

Le besoin de densification de l’habitat sur la ville n’est pas contestable. Sauf que j’attire votre attention sur l’élément essentiel qui doit guider toute réflexion à ce sujet : la place du logement pour tous. Nous avons pu vérifier ces dernières années, à Bordeaux comme ailleurs 80% de la production de logement n’étaient accessibles qu’à 20% des demandeurs.
Comme j’ai pu le défendre à la CUB vendredi, il nous faut multiplier par deux nos ambitions en terme de logements publics ! Aux Bassins à flot, le Maire projette 25% de logements sociaux, c’est très insuffisant. Je considère que la proportion de logements locatifs de type PLUS et PLAI devrait représenter 50% de l’offre totale !

Enfin, les déplacements.

L’enjeu de la réussite du projet sera son inscription dans le shéma de déplacement de l’ensemble de Bordeaux-nord. Avec principalement l’épine dorsale que représente l’axe Pont Bacalan Bastide – rue Lucien Faure. Axe qui impose la réalisation rapide d’un tram-train reliant la gare de Cenon à celle de Ravezies et mettant à profit la ligne de ceinture SNCF. Ainsi qu’un nouvel axe de bus à créer entre Dupaty et Bacalan via le cours du raccordement, le pont du Pertuis et le cours Dupré St Maur.

Bref, des inquiétudes qui rendent notre appréciation sur ce projet plutôt critique.