Monsieur le Maire, cher(e)s collègues,

Notre appréciation sur le dossier Grand Stade de ce jour est le prolongement de notre réflexion du Conseil du 29 novembre. Nous développions deux idées: besoins nouveaux/réponses nouvelles et argent public/gestion publique.

Faut-il un nouvel équipement sportif permettant l'accueil de grandes compétitions sur notre agglomération ? Oui. Dès lors que le stade Chaban Delmas ne répond plus aux normes d'accueil dans de bonnes conditions des sportifs et spectateurs. Oui. Dès lors que prétendre jouer dans la cour des grands clubs européens impose aux Girondins de Bordeaux de nouvelles ambitions en terme de fréquentation et donc d'infrastructures adaptées. Oui. Dès lors que le Grand Stade est un vecteur non négligeable de développement économique et par l'investissement qu'il représente, et par son fonctionnement, et par les activités induites dans le commerce, l'hostellerie et la restauration.

Nous avions annoncé, en novembre, notre préférence pour une maîtrise publique de l'opération. Pourquoi ? Il nous semble que dans un contexte où le sport business domine l'espace médiatique et gangrène le sport en général, la puissance publique doit raison garder ! Face aux pressions du marché qui tend à faire du sport une marchandise comme une autre, où le profit l'emporte sur l'éthique, où ce sont les chaînes télés qui décident du calendrier des matchs, où les joueurs sont cotés, vendus, prêtés ou échangés avec des montants de transfert et des niveaux de salaires démentiels pour ne pas dire indécents, il ne faut pas baisser les bras ! MG Buffet, ministre des sports a eu raison de s'opposer à la mise en bourse des clubs français et d'imposer la répartition des droits télés entre tous les clubs petits ou grands. Son action était en phase avec cette banderole de supporters du virage sud de Bordeaux: « Pour un football populaire, stop business ! ». Oui, chers collègues, il nous faut être capable d'imposer des garde-fous à un foot business entre les mains de quelques milliardaires dont la philanthropie sportive reste à prouver. Oui, il faut interroger les choix politiques d'un État qui réduit les ambitions et les moyens de l'Éducation physique et sportive à l'école, qui réduit les moyens et marges de manœuvre des collectivités locales pour la construction de piscines et gymnases.

C'est pourquoi la solution du « tout privé » ne nous satisfait pas. Il nous semble important de nous doter d'un outil de gouvernance capable non seulement d'exercer un contrôle de l'usage de l'investissement public mais capable aussi d'impulser des missions d'intérêt général.

Le document que vous soumettez à notre approbation évacue toute possibilité de montage juridique et financier sous l'égide du service public. Pourtant l'étude montrait (page 29) qu'il y avait possibilité d'investir ce champ d'intérêt général: « ...même si le projet de grand stade a pour objet principal la réalisation d'un équipement permettant la pratique d'une activité sportive par des professionnels, il a également pour but de permettre à un très large public l'accès à des manifestations sportives, concerts...etc. »

Or, cette option de montage public est balayée d'un coup de plume (page 31) avec un argument dont il me semble qu'on aurait pu débattre ici: « La ville ne souhaite pas imposer à son futur cocontractant d'obligations particulières quant à la gestion de l'équipement (notamment obligation de pratiquer certains tarifs, d'accueillir des scolaires...) »

C'est donc la forme Partenariat Public Privé qui est proposée: 100 millions de fonds privés et 65 millions de fonds publics. Je rappelle que le montage initial prévoyait 200 millions, dont 50 de l'État ! Puis ce fut 180 millions dont 20 de l'État. On est aujourd'hui à 165 sans le Conseil général dont je comprends et respecte les arguments. Cette valse de chiffres me conduit à émettre des réserves sur le bouclage financier définitif et donc sur la part réellement dévolue, au final, à la ville de Bordeaux. D'ailleurs, le document lui-même conclut en ce sens (page 73): « Les calculs effectués restent théoriques tant que les coûts d'investissements n'ont pas été affinés, que le dialogue compétitif n'a pas eu lieu et que les conditions du marché ne sont pas connues... » Il ne faudrait pas que ce partenariat ne représente qu'une assurance-profit pour les actionnaires privés. Il nous semble que la politique tarifaire, l'accès facilité des publics scolaires ou défavorisés, la coopération avec les clubs amateurs, auraient trouvé de meilleures garanties par la présence des collectivités dans la gouvernance du Grand Stade. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. C'est pourquoi nous nous abstenons.