Bordeaux à la recherche d’un nouveau souffle Municipales . Après l’échec cinglant des législatives, Alain Juppé reçoit le soutien du Modem. À gauche, le socialiste Alain Rousset attend janvier pour présenter sa liste. Bordeaux,
correspondant régional.

Alors qu’elle dirige la municipalité depuis soixante ans, la droite bordelaise est aujourd’hui sérieusement menacée dans sa suprématie sur le palais Rohan. Maire de la capitale girondine de 1995 à décembre 2004, réélu en octobre 2006, Alain Juppé a perdu en juin dernier tout autant son siège de député de la Gironde que le poste de numéro 2 du gouvernement. Trop sûr d’une notoriété considérée comme immuable dans cette ville acquise pendant près de cinq décennies au système Chaban-Delmas, n’a-t-il pas sous-estimé quelques sévères avertissements reçus dans la dernière période, et minimisé des changements sociologiques survenus dans la cité ? Lors de la municipale partielle d’octobre 2006, la moitié du corps électoral a boudé les urnes. Pour le deuxième tour de la récente présidentielle, l’ensemble de la gauche a pris nettement le dessus à Bordeaux en flirtant avec le score de 55 % des voix, regroupées sur la candidate Ségolène Royal.

Pour les élections de mars prochain, Alain Juppé brigue de nouveau le mandat de maire, en assurant dans sa déclaration de candidature qu’il a « bien entendu » le message. « Notre ville mérite un maire à plein temps, je n’exercerai aucun autre mandat », écrit-il, tout en s’engageant à proposer une liste « renouvelée ». À gauche, les socialistes ont désigné le président du conseil régional d’Aquitaine et député de Gironde, Alain Rousset, pour partir à la conquête de la municipalité. Avec quelle liste et pour quel rassemblement ? « C’est en janvier que la liste sera présentée. Pour l’instant, et en priorité sur les négociations d’appareils, Alain Rousset souhaite avancer sur les compétences et l’ouverture à des personnalités », explique son directeur de campagne Étienne Parin, qui estime que « si nous partons des politiques, nous limiterons l’ouverture ». Conseillère municipale communiste sortante, Claude Mellier se refuse à opposer politique et ouverture. « Si les personnalités apportent des sensibilités et des compétences, les partis politiques, éléments de la démocratie, sont porteurs de convictions et de choix de société. » Chef de file des communistes pour les municipales à venir, également conseiller sortant, Vincent Maurin souligne le besoin de rassemblement de toute la gauche bordelaise (PS, PCF, Verts, personnalités…) pour mettre en échec Alain Juppé : « Si l’on veut que l’électorat le plus populaire et celui des cantons de gauche se mobilisent, il est indispensable qu’ils se retrouvent dans la constitution et l’expression de la liste à gauche. »

À Bordeaux, où François Bayrou a atteint avec 22 %

un score au-dessus de sa moyenne nationale, l’électorat du Modem, qui semble s’être reporté au second tour à part égale sur Royal ou sur Sarkozy, est devenu l’objet de toutes les convoitises. Alain Juppé comme Alain Rousset ne se sont guère privés pour lancer des appels du pied en direction d’élus membres de la formation bayrouiste. Or, à la fin novembre les responsables girondins et nationaux du Modem ont confirmé une alliance électorale avec Alain Juppé, faisant ainsi de Bordeaux la seule métropole régionale où devrait être scellé un accord UMP-Modem.

La « belle endormie », cité récemment classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, est devenue bien plus remuante. Avec la Communauté urbaine (CUB), elle s’est équipée du tramway. Depuis l’épo- que Chaban, près de 30 000 habitants supplémentaires ont trouvé place dans la ville, marquée à la fois par un vieillissement de la population et par l’arrivée de ménages avec enfants ayant tout autant besoin les uns que les autres de nombreux nouveaux services. Dans Sociologie de Bordeaux (1), les auteurs notent que si les bordelais vivent « globalement mieux » que la moyenne nationale, ils sont « aussi plus souvent bénéficiaires du RMI » ou « dépendants » des revenus de la CAF (27 %). Et de constater aussi qu’un « nouvel esprit de la démocratie plane sur la ville ». (1) Auteur collectif sous le nom d’Émile Victoire. Collection « Repères », Éditions La Découverte, Paris, 2007.

Alain Raynal