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Rennes en chiffres : Rennes métropole, 37 communes et 375000 habitants. Ville de Rennes 210000 habitants. Après Montpellier et Toulouse, Rennes a la 3ème plus forte progression démographique de France. Comme pour beaucoup de grandes agglomérations, Rennes est confronté à l’étalement urbain… consommateur d’espaces naturels et agricoles… générateur de nuisances diverses (déplacements allongés, coûts des réseaux, pollution…). L’idée conductrice est de diviser par 2 l’espace utilisé chaque année pour l’urbanisation (de 200 à 100 ha) tout en doublant la production de logements ! Objectifs : 4500 logements par an dont la moitié de logements aidés (logement social, accession sociale à la propriété) et ceci partagé entre toutes les communes et une contrainte forte : chaque programme de plus de 30 logements doit intégrer 50% de logements aidés. Il y a 35 ZAC actives (zones d’aménagement concerté) et 30 en préparation. Une particularité : c’est la ville-centre (Rennes) qui a le plus fort taux de logements sociaux (25%).
Nous avons visité les communes de Mordelles, Le Rheu, St Jacques et trois quartiers de Rennes. J'ai particulièrement apprécié le projet des bords de Villaine dessiné par Chemetov où comment urbaniser en s'intégrant dans un site, comment faire respirer la ville en créant des espaces de vie partagés, en ouvrant des passages perpendiculaires à la rivière, en faisant de la mixité sociale un atout....

Au regard de l'expérience rennaise, la politique en matière de logement menée à la CUB soulève quatre questions sur des différences voire des insuffisances *. ?
une démarche quantitative et qualitative du PLH et du SCOT: logement, mixité sociale, développement équilibré des territoires, protection des paysages et de l'agriculture, très sociale, précise et impérativement mise en oeuvre, ?
une démarche très partagée par l'ensemble des élus par l'acquisition d'une culture commune et la confrontation de pratiques, ?
la prise comme point de départ, non d'une affirmation idéologique, mais des réalités sociales et humaines et la production collective des réponses les mieux adaptées, notamment en lien avec la diversité des revenus, de la composition familiale, de l'âge. (Le concept de ville désirable est préféré à celui de ville durable) ?
la multiplication de coopérations intercommunales à la carte. (la communauté d'agglomération ne gèle pas une floraison d'intercommunalités sur les compétences communales). ?
Une démarche beaucoup plus directive (voire autoritaire) vis à vis des promoteurs et bailleurs sociaux.

Cette situation tient en partie à des réalités économiques et sociales différentes entre Rennes et Bordeaux: ?
plus faible éventail des revenus, ?
niveau plus bas des revenus que la moyenne nationale, mais taux de chômage moins élevé, ?
politique sociale et associative très ancienne et active (tradition chrétienne et laïque) ?
peu de populations d'origines immigrées (c'est plutôt la population bretonne qui a émigré) ?
communes périphériques plus identiques en population et discontinuité urbaine entre ville centre et ville périphérique (existence de « champs urbains » agricoles et naturels constituant une ceinture verte) ?
plus grande unité politique et idéologique des élus: PS et gauche.

Toutefois des démarches mériteraient d'être importées à la CUB: ?
une connaissance beaucoup plus fine des réalités sociales par commune, point de départ des projets de logements, ?
une politique de logement quantitativement et qualitativement plus ambitieuse, ?
une politique plus harmonisée entre les communes, dans une vision d'agglomération mais avec des bénéfices mutuellement partagés au niveau des communes, ?
une réglementation plus précise et une application plus coercitive, ?
une coopération plus forte mais aussi plus incitative avec les bailleurs sociaux et les promoteurs, cela supposerait de dépasser certains obstacles: ?
une politique du logement moins dépendante des enjeux électoraux, ?
un rapprochement vers le haut des niveaux de revenus, ?
plus d’autorité sur les promoteurs immobiliers,

  • merci à Jean Querbes pour ses notes.

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devant l'hôtel de ville de Rennes avec Jean Querbes, Max Guichard, Jean Dornias


« La ville durable, c'est idiot » Jean-Yves Chapuis, appréhende la ville au niveau de l'individu. Jean-Yves Chapuis s'est vu confier une mission "stratégies urbaines" par la CUB. Il est vice-président de Rennes Métropole.




La Communauté urbaine de Bordeaux s'est fixé un objectif : devenir millionnaire, en habitants s'entend. Une ambition qui impose une densification de l'espace urbain (environ 750 000 habitants aujourd'hui). En clair, cela signifie qu'il va falloir fabriquer de la ville et donc des logements, avec le souci de ne pas aggraver le phénomène d'étalement urbain. Or, fabriquer la ville ne se fait pas au doigt mouillé. Il s'agit de répondre à une multiplicité de problématiques d'ordre économiques, sociales ou encore environnementales.

Dans cette optique, Vincent Feltesse, président de la CUB, vient de nommer Jean-Yves Chapuis pour une mission de « stratégies urbaine ». Sociologue et urbaniste, il est également vice président de Rennes Métropole, délégué aux « formes urbaines ». Avant cela, il a longtemps été adjoint à l'urbanisme d'Edmond Hervé, l'ancien maire (PS) de Rennes. L'homme a également versé dans l'enseignement. Ancien directeur de l'école d'architecture de Bretagne, il enseigne actuellement à l'école d'architecture Paris-Val-de-Seine, et à l'Institut français d'urbanisme. Il assure par ailleurs des missions de consultant auprès de collectivités et a ainsi travaillé pour Lyon, Marseille, Rennes, évidemment, et bientôt l'agglo bordelaise. Jean-Yves Chapuis connaît déjà la ville puisqu'il a eu l'occasion d'échanger avec Alain Juppé, alors qu'il siégeait à la commission nationale des secteurs sauvegardés.

« Sud Ouest ». L'agglomération s'est fixée pour objectif de devenir millionnaire, c'est l'arrière-plan dans lequel vous inscrivez votre mission, comment l'appréhendez-vous ? Les collectivités établissent des Schémas de cohérence territoriale, des Plans locaux d'urbanisme, des Programmes locaux d'habitat. Or on n'habite pas un Scot, un PLU ou un PLH, mais des maisons, des appartements, dans des quartiers.

Quand on vieillit et qu'il faut prendre sa voiture pour aller chercher sa baguette de pain, ça pose problème si on a des revenus modestes, qu'on gagne 500, 600 par mois. Voilà une vraie problématique. Il est quand même bien d'habiter un endroit où vous avez les services de la vie quotidienne. Il faut faire attention aux revenus de nos concitoyens.

Si on ne part pas de ces questions pour travailler sur la ville, on raconte des choses qui relèvent de l'esthétisme architectural ou urbanistique qui ne touchent qu'une minorité.

La fabrique de la ville doit se penser à l'échelon individuel ? Nous vivons dans une société inégalitaire. Prenons le cas de Rennes métropole, un tiers des ménages vivent avec moins de 1 700 euros par mois, un autre tiers avec moins de 2 500 euros. Si on n'est pas capables de permettre à ces ménages de vivre correctement, notre action publique n'a pas de sens. Il faut rechercher des solutions adéquates, personnalisées. Architectes, urbanistes, maîtres d'ouvrage doivent s'ouvrir aux sciences sociales : il faut des sociologues, des économistes, des biologistes… Il n'y a pas que le projet spatial, il y a le projet sociétal, le projet social…

Difficile également de se passer d'une réflexion sur les questions environnementales ou celles qui concernent les transports… La nature en ville c'est très important, les quais de la Garonne à Bordeaux sont en ce sens exemplaires.

Dans toutes les opérations menées par la CUB, on doit penser préservation de la nature et agriculture périurbaine. Il s'agit d'inventer des formes urbaines qui correspondent aux changements de vie. La question de la mobilité est en ce sens fondamentale, il faut construire des logements là où il y a des transports.

Et puis, il y a l'aspect mixité sociale et surtout intergénérationnelle. C'est le problème des lotissements, hérités des années 70. Les couples sont arrivés jeunes avec des enfants, mais ils vieillissent en même temps. On se retrouve dans des quartiers où les gens ont le même âge, c'est dramatique ! Il faut faire de l'intensité urbaine, pas de la densité, en développant les relations sociales.

Au fond, la grande question de l'urbanisme est là : c'est quoi faire société, c'est quoi vivre ensemble ?

Verte et mixte, c'est ça une ville « durable » ? Ville durable ça ne veut rien dire. C'est une idiotie. La ville ce sont d'abord des relations humaines, c'est cela qu'il faut réussir. La ville désirable doit permettre à chacun de trouver sa place. Que la femme de ménage qui embauche tôt puisse accéder sans difficulté à son travail. La ville désirable, c'est une vie plus facile. Mon souci est là. Après on peut faire de la technique urbaine, mais la ville n'est pas plus durable que numérique, c'est avant tout la rencontre de l'autre.

Sur la CUB l'ambition est de densifier les villes, comment faire pour que cela ne suscite pas davantage de problèmes ? Quand on construit on doit le faire en renouvellement urbain c'est-à-dire en restructuration des centres bourgs, en continuité de ce qui existe. Là il faut faire très attention à faire des espaces végétalisés pour que la densité soit acceptable et acceptée. Pour que l'intimité soit préservée, la qualité de l'espace public est fondamentale.

Qui doit être le maître d'œuvre de cette ville « désirable » ? Le politique ! Il doit avoir une pensée, des projets et défendre des objectifs.

À Rennes, nous menons depuis des décennies une vraie politique foncière. On achète des terrains. Résultat, nous avons essentiellement des opérations publiques. Il existe 70 Zones d'aménagement concerté (ZAC) sur notre agglomération. Si les promoteurs immobiliers ne se plient pas à notre exigence, ils peuvent passer leur chemin. Ici, nous partageons un corpus commun sur la manière de voir la ville et nous mettons en place les outils pour tenir cette exigence. Il ne sert à rien d'être d'accord sur des concepts, si on ne passe pas aux actes.

La ville idéale existe-t-elle ? Il n'y a pas de connaissance parfaite de la ville, que des connaissances fragmentaires. La perfection n'est pas de ce monde. Mais il faut y tendre, dans un état d'esprit d'écoute et de décision. On créera toujours des problèmes en fabriquant la ville.


Xavier Sota journal Sud Ouest Bordeaux · CUB · politique

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J.Yves Chapuis

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Maire de Mordelles

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nouveau quartier à St Jacques

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Photos-0006.jpg distributeur de lait cru à Mordelles

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quartier bord de Vilaine à Rennes