Depuis 2005, l'affaire de la garde à vue abusive à l'encontre de 10 jeunes de Bacalan est en jugement.

Rappel des faits:

Samedi 15 octobre 2005, onze jeunes supporters des girondins âgés de 13 à 16 ans ont été interpellés par les forces de police, Barrière d’Ornano. A l’issue du match Bordeaux-Sochaux, ces jeunes habitants de Bacalan montaient dans le bus spécial retour de stade, en chantant et dansant. Au moment où une vitre de secours était entrouverte dans le chahut, une bande de policiers a fait irruption à l’arrière du bus, encore à l’arrêt, et ont embarqué, sans discernement, les 11 jeunes. La garde à vue a été prononcée à 22h. Après 15 h de privation de liberté, d’humiliations, d’angoisses, de sentiments d’injustice, pour 11 gamins ne comprenant pas ce qu’ils faisaient en cellule, les enfants et leurs parents ont été auditionnés dimanche midi ! De « dangereux délinquants » le samedi soir, les auditions révélaient de « malheureuses victimes d’une garde à vue » le dimanche, garde à vue qui n’aurait jamais du être prononcée.
Les jeunes et leurs parents ont décidé de ne pas laisser passer cette injustice mais la réponse de la police fut de contester la "bavure" et d'accabler les jeunes et ceux qui les défendent. D'où la décision des parents et des enfants, soutenus par des associations, syndicats et élus, de porter plainte contre la police. La presse s'est faite l'échos de la colère des jeunes et leurs familles tout en s'appliquant à rapporter les propos officiels de la police.
Finalement, la police écope d'un non-lieu. Les jeunes ont eu le tort d'être rassemblés au fond d'un bus... ils étaient "en réunion". La justice a estimé légitime la garde à vue !
Le journal SudOuest (voir ci-joint annexe) rend compte de la décision d'une manière si partiale que les parents s'en indignent immédiatement.
Voici leur lettre du 4 juin au rédacteur en chef:


GARRIGA Patricia
AUGUSTE Fabienne et Claude
MAURIN Danielle et Vincent

Parents des enfants victimes de la garde à vue du 15.10.2005

Objet : article du 02.06.08

A Monsieur le rédacteur en chef de Sud ouest,

Monsieur le rédacteur en chef,

Nous tenons ici à vous exprimer notre indignation après la lecture de votre journal du 2 juin 2008.

Nos enfants et nous-même n’acceptons pas votre « mise en scène » autour d’une décision de justice. Vous habillez le non-lieu d’une manière qui vise à minimiser que dans l’affaire, ce sont les jeunes les victimes et les plaignants. C’est honteux et passablement malhonnête !

Le titre en une : « la police était dans son droit » puis celui de l’article « une garde à vue légitime » dans la rubrique faits divers, accompagnés de 2 photos des jeunes de 2005 tendent à occulter que ce jugement n’avait pas à statuer sur la culpabilité des jeunes - ils n’ont pas fait l’objet de poursuites judiciaires, puisqu’il n’y avait pas de délit - mais sur la « bavure » policière qui a conduit à humilier et priver de leur liberté 10 gamins de 14-15 ans pendant 15 heures parce qu’ils chantaient dans un bus !

C’est une photo de policiers qui aurait du illustrer l’article pas celle des jeunes à qui vous infligez une double peine, après la garde à vue abusive dont ils souffrent encore aujourd’hui !

Dans cet article, comme dans celui de mars, vous citez et montrez l’élu communiste de Bacalan, sans l’avoir interviewé. Est-ce dans vos principes déontologiques de ne pas requérir l’avis d’un élu de la République parce qu’il aurait la malchance d’être père d’une victime dans l’affaire en question ? Vous terminez en qualifiant les parents de « désabusés » sans même les avoir entendus, en ajoutant même qu’ils « ont refusé de se pourvoir en cassation », comme si on les y avait fortement invités ! Pitoyable !

On pourrait considérer ces interprétations comme des raccourcis journalistiques malheureux s’il ne s’agissait pas ici de dignité, de respect des personnes, notamment des jeunes.

Nous savons que vous êtes libre de vos choix éditoriaux. Heureusement. Libre d’être la voix fidèle et parfois zélée du DDSP de l’hôtel de police, champion de la statistique. Libre d’accompagner les dérives sécuritaires de notre pays. Libre au point de vous-même faire le choix de « légitimer » une garde à vue ?!?

Mais comprenez qu’il existe aussi dans ce pays, et heureusement pour son avenir, des gens qui osent dire non ! L’Etat de droit, c’est aussi l’exercice de la liberté de dénoncer des injustices, même si un magistrat a décidé de trancher, une fois de plus, en faveur de la version policière.

Sachez, pour conclure, que nous continuons à demander des excuses à la Connex comme à la police… et aujourd’hui notre demande s’adresse aussi à Sud Ouest !



Merci de votre attention.

Les parents