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Après le succès du 1er mai et l'absence de réponse du gouvernement, les organisations syndicales viennent de décider deux prochains rendez-vous d'actions unitaires les 26 mai et 13 juin.
Alors que Medef et UMP misent sur la lassitude des salariés face à l'arrogance des patrons, ministres et Président, les syndicats évitent le piège de la division et permettent un nouveau rebondissement de l'action interprofessionnelle.
Mai sera un mois chaud (voir tract du PCF) car de plus en plus de secteurs sont touchés par les mesures patronales et gouvernementales. Dans cette période, tout le monde se pose des questions sur les formes d'actions à mener. C'est normal.
Certains collègues, prêts à faire plus pour faire reculer le gouvernement, vont regretter qu'il n'y ait pas d'appel à la grève générale reconductible. D'autres, pas très à l'aise avec un mode d'action sacrifiant une journée de salaire, vont dire que la grève ne sert à rien et qu'il faut inventer de nouvelles formes d'actions, d'autres encore attendent et suivent ... ou ne suivent pas... les mots d'ordre syndicaux.
Certains pensent qu'il faut privilégier la lutte catégorielle, d'autres estiment qu'il faut globaliser la résistance... Bref, pas facile de satisfaire tout le monde. D'autant que le paysage syndical (comme le politique à gauche d'ailleurs) est lui-même diffus... Entre les réformistes, les révolutionnaires, les unitaires, les solitaires... le "tous ensemble" reste fragile. Mais face à un Sarko-Ump droit dans ses bottes, il me paraît pourtant le moyen de "tenir" dans la durée, de poursuivre le combat idéologique contre le libéralisme, de préparer le contenu d'une réelle alternative.
Ce n'est évidemment pas si simple, quand on est sûr d'avoir raison, d'accepter qu'une majorité de salariés ou de syndicalistes ne suive pas l'avant-garde "éclairée" ! Mais l'avant-garde est-elle toujours vraiment "éclairante" ? La détermination à franchir un cap dans la mobilisation justifie-t-elle la négation de l'opinion majoritaire de salariés pas tous au même niveau d'engagement ? Est-il juste de reprocher aux "directions" syndicales de freiner le mouvement lorsque les plus représentatives dans leur champ (CGT et FSU notamment) s'efforcent de maintenir l'unité, consultent et proposent de nouvelles actions ? L'action revendicative doit-elle se passer de démocratie ?
Et puis, comment éluder cette question de fond: pourquoi la grande majorité des citoyens préfèrent supporter (aux deux sens du terme) une UMP ultralibérale et un PS libéral plutôt que des forces, comme le PCF, aux "propositions" pourtant si évidentes pour l'émancipation humaine: "faire payer la crise aux plus riches", "renationaliser", "augmenter les salaires", "relancer sécu et retraites", "démocratiser les institutions", "recréer les emplois publics"... etc.?
Communiste depuis 30 ans, je suis souvent tenté d'en vouloir au peuple qui "joue contre son camp". Mais sauf à nier la démocratie, ou attendre le "grand soir", il s'agit bien, pas à pas, de transformer le réel pour atteindre le souhaitable. "L'espoir est dans la rue" chante Cali. Oui. Et il faut bien sûr de la colère, de la solidarité, mais quand on est militant, il faut aussi de l'humilité, beaucoup d'humilité... L'histoire a imposé à ma culture communiste pétrie de "certitudes" la vertu du "doute". Exercice difficile et pourtant indispensable quand on a la responsabilité de mener un combat anticapitaliste aussi dur !

Aussi, fais-je mienne cette phrase de Louis Aragon: "Loin d'être fier de voir parmi les aveugles, ma faculté de voir est peu de chose si elle n'est partagée."