Nous sommes au cœur d'une tourmente organisée par le traité d'Amsterdam qui proclame « un marché ouvert ou la concurrence est libre » et interdit « toutes restrictions au mouvement des capitaux ». Au nom de la modernité on en revient à l'invitation de Guizot aux riches du XIXème siècle : « enrichissez-vous ! »

C'est avec la même finalité que le gouvernement a réalisé une réforme territoriale dont nous vivons, non seulement les incertitudes, mais aussi la dure réalité. Le gel des dotations de l'État pour 3 ans n'est pas neutre. Il ampute notre budget, du fait de l'inflation, de prés de 1,5 millions d’euros en 2011. L'effet cumulé sur trois ans sera de 9 millions. Une autre perte, indirecte cette fois, sera la moindre progression de la dotation de solidarité communautaire. Avec 2,5 % d'augmentation, nous sommes loin des 10 à 15 % d'augmentation annuelle d'avant la suppression de la taxe professionnelle.

Où trouvez-vous les ressources nécessaires pour combler le désengagement de l'État ? Essentiellement dans la dynamique démographique de Bordeaux qui se traduit par une augmentation des bases de la taxe d'habitation et du produit de la DGF(dotation globale de fonctionnement par l’Etat). Mais aussi dans l'augmentation des tarifs incluse dans les 9 % des « autres recettes », et une progression de 3 millions d’euros de cessions de patrimoine, mais qui risque d'être exceptionnelle. C'est à ce prix que vous vous félicitez du maintien du taux des impôts, tout en notant que ce gel, que vous pourriez d’ailleurs appliquer aux tarifs, permet néanmoins une augmentation de 2,3 % de la masse fiscale.

Permettez-moi de vous dire que je trouve assez choquant le parallèle que vous faites avec l'augmentation des impôts départementaux et régionaux. Ces deux collectivités, que la réforme territoriale vise à transformer en établissement public, subissent de plein fouet le désengagement de l'État, tant en matière sociale, qu'en matière d'infrastructures. De plus, votre comparaison des taux d’imposition ville-département région (+7.29% pour la ville contre +33% pour le département) est toujours spécieuse car elle ne prend pas en compte le niveau de base des taux qui place Bordeaux parmi les villes les plus chères de France ! Il est d’ailleurs assez hypocrite de critiquer les décisions de ces deux collectivités pour maintenir des politiques et des régimes d'aides dont les habitants de Bordeaux seront les premiers bénéficiaires.

Et vous le dites vous même dans votre présentation, Bordeaux fait exception dans les collectivités territoriales, en voyant son budget progresser, tant en investissement qu'en fonctionnement. Notre groupe se félicite de cette situation, car elle est favorable à l'activité et à l'emploi. Mais j'en ai dit les raisons fragiles, notamment liée à la démographie et à des recettes exceptionnelles. Mais je note surtout que ce budget ne résistera pas longtemps à la politique gouvernementale qui cherche depuis des années à imposer une cure d'austérité aux collectivités locales. Réduire la dépense publique, et donc les services publics qui lui sont liés, est pour lui une obsession. Que dans cette politique, qui réduit encore nos moyens cette année, Bordeaux maintienne budgétairement parlant, la tête hors de l'eau, tant mieux. Mais pour combien de temps?

Nous aurons sans doute un début de réponse au mois de mars quand nous connaitrons les dotations exactes de l'État. Seront-elles celles de ce budget prévisionnel ? Elles risquent de confirmer le déclin dans lequel le gouvernement entraine les collectivités locales et le pays. Un déclin que l'on retrouve dans ce budget, dans sa construction globale, comme dans l'insuffisante réponse aux besoins.

Que cette année Bordeaux fasse exception à la règle de la diminution des budgets ne doit donner aucune illusion à la population de Bordeaux. Ce n'est pas à elle à payer les cadeaux que le gouvernement accorde par ailleurs aux privilégiés. Quand on regarde les postes budgétaires par délégation on vérifie et la fragilité de choix contraints par une politique gouvernementale non solidaire et le zèle que vous développez en accompagnant cette politique.

Trois exemples :

- Habitat-logement : l’ambition communautaire impose que Bordeaux produise 576 logements locatifs par an mais dans les faits, Bordeaux peine à modifier durablement la structure de l’offre de logement sur la ville. En effet, les opérations d’habitat défiscalisé De Robien puis Scellier, tout comme la vente du patrimoine HLM, ne permettent pas un rattrapage du retard de Bordeaux au titre de la loi SRU. Et le lobby de l’accession sociale à la propriété que vous souhaitez exemplaire dans les nouveaux quartiers, a du plomb dans l’aile, du fait du désengagement de l’Etat !

- L’emploi : la pugnacité comme la compétence de l’adjoint et des conseillers municipaux délégués ne suffiront pas à produire une offre d’emplois capables d’accompagner l’ambition d’une métropole millionnaire en habitants. Bordeaux étouffe de son image d’Epinal de ville tertiaire et touristique ! Nous actons une nouvelle fois dans votre document l’absence de référence aux secteurs essentiels que sont les filières électrique et nautique. Quel gâchis de ne pas promouvoir un rapprochement entre la SAFT et FORD pour le véhicule électrique ! Quel gâchis de ne pas placer la filière nautique au cœur de nouveaux projets industriels tant sur le site des Bassins à flot où vous muséifiez 1/3 de la plaque portuaire, que sur Bastide Niel ou à Bx Sud sur le site des abattoirs !

- Education, petite enfance : Nous avons bien relevé l’effort annoncé en faveur de la création de nouvelles écoles et crèches. C’est la moindre des choses dès lors que l’on construit des milliers de logements. Mais nous craignons que vos choix cantonnent la ville à rester dans une dynamique de course au rattrapage des retards accumulés en offre de places en maternelles et crèches. En 2011, à budget de fonctionnement constant ou en baisse, malgré la hausse du nombre d’élèves et de classes ! Pour preuve, le budget « magasin scolaire » (fournitures) passe de 621000 à 613000 euros… et la dotation annuelle de 44 euros par élève n’a pratiquement pas bougé depuis 10 ans alors que le prix de certaines fournitures a presque doublé. Même sanction concernant les séjours en classes découvertes où de plus en plus de candidatures sont rejetées faute de budget. Alors, vous venez d’insister sur le succès de la restauration scolaire et de la mise en place de tableaux numériques. Certes, mais le taux de 90% de fréquentation des restaurants scolaires est d’abord une réponse à des mobilisations de parents d’élèves et d’enseignants, dénonçant vos critères de sélection, pour l’équité de traitement des élèves. Ensuite, le compte n’y est toujours pas car vous oubliez de mentionner un chiffre moins élogieux : 1 élève sur 4 n’a pas accès au restaurant les 4 jours de la semaine ! Quant aux tableaux numériques que vous placez au pinacle de la modernisation des écoles, ils ne concernent pour l’instant que quelques classes de quelques écoles et la généralisation prendra 3 ans. Cette opération ne doit pas cacher l’obsolescence du parc informatique scolaire non renouvelé depuis plus de 10 ans dans certaines écoles !

Pour toutes ces raisons, nous votons contre votre budget.